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« Bang Gang »

Fortement érotisé, son show devient une véritable machine à fantasmes où l’ambiguïté de ce corps engendre un brouillage des sexualités.
Anthony Rossi, Mouvement, 11.07.16

Parfois solo, parfois une personnalité qui dévoile ses multiplicités, qui se séduit d’abord elle-même, parfois deux corps presque identiques, qui exécutent presque les mêmes gestes, qui tour à tour se glissent dans le rôle du sujet, dans celui d’objet, Bang Gang cherche à créer un trouble chez le.a spectateur.trice, en explorant la pluralité dans l’un, la différence dans la similitude. Selon la pensée de Judith Butler, la subversion vient des failles dans les reproductions des rôles que nous endossons, qui nous sont imposés, qui nous enferment, et nous donnent du plaisir, en faisant de nous et en défaisant qui nous sommes.

Viviane Morey (co-directrice artistique, La Fête du Slip, Lausanne)

Faire corps

Un corps parfait ondule autour de la barre… petit à petit la façade se fissure et laisse apparaître la violence et le plaisir entremêlés.Bang Gang propose de réfléchir avec et à partir du corps, pour explorer la sexualité et le genre et les envisagent comme traversant et construisant qui nous sommes à la fois intimement et publiquement. S’inspirant du cabaret et de la pop culture, c’est une invitation à observer comment le mouvement façonne le corps genré, en s’intéressant au moment où, grâce à la gestuelle, un corps incarnant bascule d’un genre à un autre. Performance résolument « queer », avec une approche de la non-binarité, Bang Gang s’intéresse particulièrement aux interstices : que ce passe-t-il dans l’entre deux, dans ces espaces que l’on n’arrive pas à envisager depuis la norme ? La vérité du corps réside-t-elle dans une essence exprimée ou les projections de l’extérieur crée-t-elle de toutes pièces l’illusion d’une essence ?Faire corps – Bang Gang est une performance qui parle du corps mais aussi des corps, de comment nous rentrons en rapport les uns avec les autres. Bang Gang nous met face à l’hypocrisie qui entoure le sexe qui est utilisé pour nous vendre des objets allant du dentifrice à la voiture, cependant il demeure encore relativement difficile d’obtenir des subventions et de la reconnaissance lorsqu’on aborde ce sujet « honteux ». Nous communiquons avec des inconnu.e.s sur des applications de rencontre mais n’osons pas nous parler lorsque nous nous rencontrons en chair et en os, comme si la distance du virtuel nous protégeait. Cette honte du sexuel n’a pas disparu malgré l’ubiquité du sexe. En soulevant ces incohérences, Bang Gang interroge nos contradictions à la fois personnelles et sociales.Parfois solo, parfois une personnalité qui dévoile ses multiplicités, qui se séduit d’abord elle- même, parfois deux corps presque identiques, qui exécutent presque les mêmes gestes, qui tour à tour se glissent dans le rôle du sujet, dans celui d’objet, Bang Gang cherche à créer un trouble chez le.a spectateur.trice, en explorant la pluralité dans l’un, la différence dans la similitude. Selon la pensée de Judith Butler, la subversion vient des failles dans les reproductions des rôles que nous endossons, qui nous sont imposés, qui nous enferment, et nous donnent du plaisir, en faisant de nous et en défaisant qui nous sommes.Viviane Morey (co-directrice artistique, La Fête du Slip, Lausanne)

Corps en action

C’est au tour de Krassen Krastev d’entrer en scène et de faire de son propre corps objet de fascination. Totale combi lycra, il déambule au travers la terrasse et les pintes de bières, puis monte sur la petite estrade qui lui est réservée pour débuter, un numéro de pole danse. Fortement erotisé, son show devient une véritable machine à fantasme où l’ambiguïté de ce corps engendre un brouillage des sexualités.Antony Rossi, Mouvement.net, 11.06.16

« Bad Romance »

Mise en scène de Valérie Liengme, chorégraphie de Krassen Krastev

Le prince absent, c’est le sculptural Krassen Krastev, qui signe la chorégraphie de ce chassé-croisé où l’homme et la femme se ratent, se blessent, s’ignorent. Moulé de latex, perché sur des hauts talons et coiffé d’une perruque, il s’arrache ce costume trop sexy, comme tordu de douleur après avoir imposé à son corps les poses lascives qu’on ne demande pas aux hommes.

Lucas Vuilleumier, Le Courrier, 4.02.16

« Are You Lonesome Tonight ? »

Krassen Krastev est un sculpteur. De la matité crue de son silence à la fureur de gestes compulsifs, il déplie l’espace comme une lettre et s’y inscrit, puis nous invite à tourner autour, à lire collectivement. Lui-même tourne autour de ses objets et de ses souvenirs, comme on marche sur des braises pour éteindre le feu. Ce feu vacille et nous éclaire sans nous réchauffer, il fait la lumière sur les parois d’un endroit isolé, abandonné par l’autre. Nous y voyons, par fragments, la carte de la tendresse, celle de la tristesse, celle de la terreur. Nous lisons qu’on ne peut pas vivre avec l’autre, qu’on ne peut pas vivre sans l’autre. Nous recollons les morceaux avec le sculpteur, tandis qu’il fume, parle et mange, jusqu’à ce qu’il nous attaque et traverse l’espace comme un animal piégé, aveugle, en avouant sa faiblesse et sa gêne de nous avoir réuni autour de lui. Krassen Krastev projette des ombres ; elles hantent le double de sa conscience, il a l’audace de les créer pour annuler le fond et la figure de son portrait, il détruit tout. Que je vous dise encore, ces ombres, elles sont aussi celles d’un mariage, celles d’une chanson évanouie.

Jean-François Robardet, 2011, Artiste, commissaire d’exposition